{"id":320,"date":"2023-08-28T11:40:53","date_gmt":"2023-08-28T09:40:53","guid":{"rendered":"https:\/\/charmide.fr\/?p=320"},"modified":"2023-08-28T11:47:54","modified_gmt":"2023-08-28T09:47:54","slug":"320","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/charmide.fr\/index.php\/2023\/08\/28\/320\/","title":{"rendered":"4 principes pour les gouverner tous"},"content":{"rendered":"<h3>4 principes pour les gouverner tous. 4 principes pour les trouver, 4 principes pour les amener tous et dans les t\u00e9n\u00e8bres les lier&#8230;<\/h3>\n<h3>Voici sans doute la plus mauvaise parodie de Tolkien (toutes mes excuses). Cependant, ces mauvais vers me permettent d&rsquo;aborder les 4 principes de l&rsquo;\u00e9thique biom\u00e9dicale qui sont encore aujourd&rsquo;hui utilis\u00e9s par de nombreux comit\u00e9s ou groupes \u00e9thique pour r\u00e9soudre des probl\u00e9matiques complexes. Parlons donc du respect de l&rsquo;autonomie, de la bienfaisance, de la non-malfaisance et de la justice.<\/h3>\n<p>Si vous d\u00e9j\u00e0 lu quelques textes en \u00e9thique que ce soit des \u00e9crits d&rsquo;individus ou d&rsquo;institutions vous avez certainement d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 les principes ci-dessus. D&rsquo;origine am\u00e9ricaine, ces principes se sont ensuite r\u00e9pandus dans le monde et ont trouv\u00e9 un \u00e9cho important en France m\u00eame si l&rsquo;interpr\u00e9tation qui en a \u00e9t\u00e9 faite n&rsquo;est pas toujours celle de ses cr\u00e9ateurs. Certains ne jurent tellement que par ces principes que l&rsquo;on pourrait croire que c&rsquo;est La (seule) pens\u00e9e \u00e9thique fondamentale. Comme on pourrait s&rsquo;en douter, la fondation du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bio%C3%A9thique#Histoire_et_d.C3.A9veloppement_de_la_bio.C3.A9thique\">mouvement de bio\u00e9thique<\/a> na\u00eet d&rsquo;une part des exactions des m\u00e9decins nazis. Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, une nouvelle \u00e8re s&rsquo;ouvre en occident. C&rsquo;est une nouvelle \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;individu prend une place de plus en plus importante avec de nombreux combats pour de nouvelles libert\u00e9s. Les scientifiques am\u00e9ricains qui avaient avanc\u00e9 que les exactions nazies n&rsquo;\u00e9taient que le fait de sadiques se sont vus reprocher, \u00e0 leur tour, plusieurs de leurs recherches. Il est possible de noter un <a href=\"http:\/\/irbmember.web.unc.edu\/files\/2017\/01\/1966_Beecher_Ethics_and_Clinical_Research.pdf\">article<\/a> (en anglais) de 1966 \u00e9crit par Beecher qui pr\u00e9sente de nombreux cas de recherches qu&rsquo;il juge non \u00e9thique. Assez \u00e9tonnamment et c&rsquo;est peut \u00eatre un biais de l&rsquo;auteur, un certain nombre de ces recherches consistaient \u00e0 ins\u00e9rer des aiguilles dans le c\u0153ur de patients plus ou moins (soyons clairs plut\u00f4t moins que plus) inform\u00e9s des cons\u00e9quences \u00e9ventuelles. Il est aussi possible de citer deux \u00e9tudes un peu plus r\u00e9centes : l&rsquo;\u00e9tude <a href=\"http:\/\/www.qcc.cuny.edu\/SocialSciences\/ppecorino\/MEDICAL_ETHICS_TEXT\/Chapter_7_Human_Experimentation\/Case_Study_Willowbrook_Experiments.htm\">Willowbrook<\/a> (1956-1970) et l&rsquo;\u00e9tude <a href=\"http:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0755498210004860\">Tuskegee<\/a> (1932-1972). Je vous laisse consulter les liens pour vous faire votre propre id\u00e9e sur ces pratiques&#8230; Ces recherches ont \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9es aux Etats-Unis mais ils ne font pas figure d&rsquo;exceptions tous les pays y compris la France ont eu leur lot de recherches douteuses. Un exemple fran\u00e7ais ? L&rsquo;exp\u00e9rience du professeur Milhaud en 1985 sur un patient en \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif chronique qui a \u00e9t\u00e9 bien comment\u00e9 par un <a href=\"http:\/\/www.ccne-ethique.fr\/sites\/default\/files\/publications\/avis007.pdf\">avis du CCNE<\/a>. L&rsquo;avis fait dix pages et je vous conseille fortement de le lire. Le comit\u00e9 rappelle avec une bonne acuit\u00e9 des principes qui seront par la suite int\u00e9gr\u00e9s dans la loi de 1988 sur la recherche biom\u00e9dicale. Le constat pos\u00e9 en 1966 par ces pratiques de recherche est donn\u00e9 par Beecher avec pr\u00e9cision :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les patients sont facilement manipulables s&rsquo;ils sont correctement approch\u00e9s par un m\u00e9decin.<\/strong><\/li>\n<li><strong>Les patients n&rsquo;acceptent pas de compromettre s\u00e9rieusement leur sant\u00e9 pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat unique de la science<\/strong><\/li>\n<li><strong>Un exp\u00e9rience est \u00e9thique ou non \u00e0 ses d\u00e9buts et la fin ne justifie pas les moyens<\/strong><\/li>\n<li><strong>Le consentement libre et \u00e9clair\u00e9 n&rsquo;est pas facile \u00e0 obtenir mais ne peut \u00eatre optionnel<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">De ces pratiques scientifiques naissent plusieurs mesures en Am\u00e9rique et notamment un rapport qui nous int\u00e9resse tout particuli\u00e8rement. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rapport_Belmont\">rapport Belmont<\/a> (<a href=\"http:\/\/www.frqsc.gouv.qc.ca\/documents\/10191\/186011\/Rapport_Belmont_1974.pdf\/511806ff-69c4-4520-a8f8-7d7f432a47ff\">disponible ici<\/a>) publi\u00e9 en 1979 par le <i>National Commission for the Protection of Human Subjects of Biomedical and Behavioral Research <\/i>et le <i>Department of Health, Education and Welfare <\/i>pose trois principes de base pour la recherche :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: left;\">Le respect de la personne par le respect et la protection de l&rsquo;autonomie.<\/li>\n<li style=\"text-align: left;\">La bienfaisance qui est bas\u00e9e sur le \u00ab\u00a0primum non nocere\u00a0\u00bb hippocratique.<\/li>\n<li style=\"text-align: left;\">La justice qui porte une notion d&rsquo;\u00e9quit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Je ne vais pas m\u2019attarder sur ces trois principes, qui sont par ailleurs bien d\u00e9taill\u00e9s dans les sources disponibles. Il est temps d&rsquo;aborder les sacro-saints 4 principes de l&rsquo;\u00e9thique biom\u00e9dicale. Ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis dans un livre dont la premi\u00e8re \u00e9dition (aujourd&rsquo;hui, on en est \u00e0 la septi\u00e8me \u00e9dition) est parue en 1979 : <em><a href=\"http:\/\/trove.nla.gov.au\/work\/10502132\">Principles of biomedical ethics<\/a>. <\/em>le livre, \u00e9crit par <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Tom_Beauchamp\">Tom Beauchamp<\/a> (professeur de philosophie) et <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/James_Childress\">James Childress<\/a> (philosophe, th\u00e9ologien et professeur d&rsquo;\u00e9thique), pose 4 principes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le respect de l&rsquo;autonomie<\/strong><\/li>\n<li><strong>La bienfaisance<\/strong><\/li>\n<li><strong>La non-malfaisance<\/strong><\/li>\n<li><strong>La justice<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Je me vois forc\u00e9, avant de vous d\u00e9tailler tout cela, de vous annoncer que je n&rsquo;ai eu entre les mains que la quatri\u00e8me \u00e9dition en fran\u00e7ais de 2008 car le bouquin est @&amp;@## de dur \u00e0 trouver aussi bien en anglais qu&rsquo;en fran\u00e7ais. (Aucune \u00e9dition n&rsquo;est disponible en fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;heure actuelle et le texte anglais n\u00e9cessite de l&rsquo;importer des \u00e9tats-unis). Le livre est relativement massif car mon \u00e9dition fait plus de 640 pages. Je dis \u00e7a pour que vous compreniez que je ne peux vous en faire une synth\u00e8se exhaustive. Mon but est uniquement de vous faire d\u00e9couvrir ce mode de raisonnement et de vous enjoindre \u00e0 chercher sur internet la multitude d&rsquo;articles qui utilisent ces principes.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le respect de l&rsquo;autonomie<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Il n&rsquo;y a pas \u00e0 tortiller, lorsque l&rsquo;on parle des 4 principes on peut \u00eatre certain de tomber sur la notion d&rsquo;autonomie. Cette notion d&rsquo;autonomie a \u00e9t\u00e9 tellement utilis\u00e9e \u00e0 tort et \u00e0 travers que dans les \u00e9ditions successives du livre, Beauchamp et Childress ont d\u00fb rappeler que, bien que ce principe soit d\u00e9taill\u00e9 en premier dans le livre, il n&rsquo;est pas prioritaire par rapport aux autres. En effet, certaines utilisation des 4 principes ont conduit \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;autonomie du patient \u00e0 tout autre chose, cela conduisant parfois les soignants \u00e0 compl\u00e8tement abandonner les patients sous le pr\u00e9texte du respect de leur autonomie. Il est aussi \u00e0 noter que ce n&rsquo;est pas l&rsquo;autonomie qui est le principe mais le respect de l&rsquo;autonomie. En effet, l&rsquo;autonomie n&rsquo;est pas toujours accessible aux individus en fonction de leur condition physique, intellectuelle, psychologique, &#8230; De ce fait, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;autonomie en tant que telle qu&rsquo;il faut \u00e9riger en principe mais le respect d&rsquo;une autonomie qui prend des formes tr\u00e8s diff\u00e9rentes en fonction des individus. Mais qu&rsquo;est ce que l&rsquo;autonomie ? L&rsquo;autonomie prend de nombreuses forme aussi bien en fonction des situations que des individus qui la d\u00e9finissent. Cependant, comme son <a href=\"http:\/\/stella.atilf.fr\/Dendien\/scripts\/tlfiv5\/visusel.exe?43;s=2456659545;r=2;nat=;sol=0;\">\u00e9tymologie<\/a> l&rsquo;indique, l&rsquo;autonomie est la possibilit\u00e9 d&rsquo;autor\u00e9gulation ou d&rsquo;autogouvernance. C&rsquo;est \u00e0 dire, le pouvoir d&rsquo;agir librement en fonction de ses projets. Pour qu&rsquo;il y ait autonomie il faut donc une libert\u00e9 (comme ind\u00e9pendance par rapport aux influences ext\u00e9rieures) et une capacit\u00e9 \u00e0 agir intentionnellement. Dans les faits, ce respect de l&rsquo;autonomie se met en place sous de nombreuses formes. Les auteurs citent tout particuli\u00e8rement la n\u00e9cessit\u00e9 de dire la v\u00e9rit\u00e9 aux patients, de respecter leur intimit\u00e9, de prot\u00e9ger la confidentialit\u00e9 des informations les concernant, d&rsquo;obtenir le consentement des patients avant une intervention, de les aider \u00e0 prendre une d\u00e9cision s&rsquo;ils le demandent&#8230; L&rsquo;un des probl\u00e8me du respect de l&rsquo;autonomie c&rsquo;est qu&rsquo;il est difficile de le cadrer car il est en constante interaction. Par exemple, l&rsquo;autonomie d&rsquo;un patient trouve sa limite dans l&rsquo;autonomie du soignant qui peut refuser certains actes, il reste alors \u00e0 d\u00e9terminer quelle autonomie privil\u00e9gier et le justifier. On le voit bien, le passage de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique peut s&rsquo;av\u00e9rer compliqu\u00e9 dans les faits lorsque les patients refusent de faire usage de leur autonomie ou, au contraire lorsqu&rsquo;ils souhaitent en abuser. Il est \u00e0 noter que Beauchamp et Childress r\u00e9futent l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un devoir d&rsquo;autonomie des patients (notamment vis-\u00e0-vis de la prise de d\u00e9cision). Pour eux, c&rsquo;est aussi un choix que de refuser de faire usage de son autonomie face \u00e0 la m\u00e9decine. Ils rappellent que le respect de l&rsquo;autonomie implique un droit de choisir et non un devoir de choisir.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La non-malfaisance et la bienfaisance<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>La d\u00e9finition de la non-malfaisance s&rsquo;av\u00e8re plus simple. Il affirme l&rsquo;obligation de ne pas nuire \u00e0 autrui. On retrouve ici encore le principe associ\u00e9 \u00e0 Hippocrate \u00ab\u00a0<em>primum non nocere<\/em>\u00a0\u00bb m\u00eame si son origine reste clairement incertaine. La bienfaisance est d\u00e9finie comme l&rsquo;obligation morale de promouvoir le bien-\u00eatre d&rsquo;autrui. Les auteurs nous expliquent quelle est le lien entre la non-malfaisance et la bienfaisance car ils sont \u00e9troitement li\u00e9s. Et il se pose rapidement la terrible question qui est de savoir quel principe mettre en avant. Il est possible de poser une question : faut-il en premier ne pas nuire ou en premier agir pour le bien-\u00eatre d&rsquo;autrui ? La r\u00e9ponse semble facile ? Je ne trouve pas ! Prenons un exemple simple : qu&rsquo;est ce qui est le plus acceptable ? Ne pas blesser quelqu&rsquo;un (malgr\u00e9 son c\u00f4t\u00e9 insupportable) ou ne pas secourir une personne qui se noie en raison du danger que cela repr\u00e9sente. Il semble que ces deux actions sont plut\u00f4t acceptables et justifiable. On accepte que l&rsquo;on ne fasse pas acte de bienfaisance \u00e0 tout moment par contre il nous sera reproch\u00e9 un acte de malfaisance comme par exemple le fait de blesser intentionnellement quelqu&rsquo;un. Donc la non-malfaisance est toujours sup\u00e9rieure \u00e0 la bienfaisance ? Eh bien&#8230; Non ! Trouvons-nous un autre exemple simple, vous voulez savoir si vous coagulez correctement, pour cela, je vous pr\u00e9l\u00e8ve du sang pour faire les tests biologiques. Alerte malfaisance ! En effet, en faisant ma prise de sang, je vous ai expos\u00e9 \u00e0 un risque minuscule mais possible de vous causer une infection. Mais vous allez r\u00e9torquer, \u00e0 raison, que c&rsquo;est pour votre bien que l&rsquo;on fait ce test, pour vous \u00e9viter de vous vider de votre sang si vous vous blessez, par exemple. Dans ce cas, on choisit logiquement de privil\u00e9gier la bienfaisance \u00e0 la non-malfaisance car la situation l&rsquo;exige. Et d&rsquo;ailleurs, toute la pratique de la m\u00e9decine est bas\u00e9e sur cette balance subtile entre le bien que l&rsquo;on cherche pour le patient et les actions que l&rsquo;on doit effectuer qui vont potentiellement lui nuire. Par ailleurs, en droit fran\u00e7ais, l&rsquo;une des seule atteinte possible \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du corps humain est la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9dicale sinon tous les soignants seraient condamn\u00e9s pour coups et blessures volontaires. Nous sommes donc coinc\u00e9s, en effet, parfois la bienfaisance est prioritaire et parfois la non-malfaisance l&rsquo;est. Beauchamp et Childress tranchent en disant que g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;obligation de non-malfaisance pr\u00e9vaut sur l&rsquo;obligation de bienfaisance et que dans certains cas la non-malfaisance pr\u00e9vaut sur la bienfaisance m\u00eame si la bienfaisance aurait \u00e9t\u00e9 utile. Par exemple, tuer un condamn\u00e9 \u00e0 mort pour r\u00e9cup\u00e9rer ses organes afin de sauver des innocents. Les auteurs insistent tout particuli\u00e8rement sur la complexit\u00e9 (et le danger) de prioriser les principes. Il proposent de r\u00e9fl\u00e9chir sur le sch\u00e9ma suivant plut\u00f4t que d&rsquo;essayer de hi\u00e9rarchiser la non-malfaisance et la bienfaisance :\u00a0\u00bb <em>la non-malfaisance<\/em><\/p>\n<ol>\n<li><em>Personne ne devrait infliger le mal ou faire du tort<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>La Bienfaisance<\/em><\/p>\n<ol>\n<li><em>Toute personne devrait emp\u00eacher le mal ou le tort.<\/em><\/li>\n<li><em>Toute personne devrait \u00e9liminer le mal ou le tort.<\/em><\/li>\n<li><em>Toute personne devrait faire ou promouvoir le bien.<\/em>\u00ab\u00a0<\/li>\n<\/ol>\n<p>On voit bien ici la diff\u00e9rence entre la non-malfaisance qui consiste en ne pas agir par rapport \u00e0 la bienfaisance qui consiste en un agir. On trouve dans ces principes (comme dans les autres) une part importante de morale cela prouvant qu&rsquo;\u00e9thique et morale ne sont pas fondamentalement d\u00e9tach\u00e9s. Au contraire, ils sont en dialogue constant.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La justice<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce principe est sans aucun doute celui qui m&rsquo;est le plus obscur pour la simple et bonne raison que le terme en lui m\u00eame est particuli\u00e8rement difficile \u00e0 appr\u00e9hender dans une id\u00e9e pratique. En effet, tout le monde parle de justice, souvent \u00e0 la fa\u00e7on de Callimero d&rsquo;ailleurs : \u00ab\u00a0<em>c&rsquo;est vraiment trop injuste !<\/em>\u00a0\u00bb Mais dans les faits, qu&rsquo;est ce que la justice ? Une d\u00e9finition pourrait \u00eatre : \u00ab\u00a0<em>ce qui est \u00e9quitable et juste dans le traitement d&rsquo;une personne, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu&rsquo;elle m\u00e9rite et de ce qui lui est d\u00fb<\/em>.\u00a0\u00bb La question qui doit vous venir \u00e0 l&rsquo;esprit (en tout cas, c&rsquo;est celle qui me vient) : qu&rsquo;est ce que \u00e7a fiche dans de l&rsquo;\u00e9thique pour la biom\u00e9decine ? C&rsquo;est une tr\u00e8s bonne question, d&rsquo;autant plus que la notion de justice est terriblement diff\u00e9rente en fonction des philosophies ce qui en fait un bordel monstre. Dans le livre, la justice est illustr\u00e9e par diff\u00e9rentes questions comme celle du droit \u00e0 un minimum d\u00e9cent de soins m\u00e9dicaux, la juste allocation des ressources de sant\u00e9, les priorit\u00e9s,&#8230; Sur cette question difficile Beauchamp et Childress concluent sur la richesse des approches de la justice et sur le fait que cette richesse est aussi \u00e0 double tranchant. En effet, le manque de consensus implique une approche disparate qui met en p\u00e9ril les effort pour donner \u00e0 tous un acc\u00e8s aux soins \u00e9quitable et permet aussi d&rsquo;\u00e9viter que certaines questions de fond soient pos\u00e9es sur l&rsquo;acc\u00e8s aux soins. \u00a0 Les 4 principes propos\u00e9s par Beauchamps et Childress sont revendiqu\u00e9s comme des principes <em>Prima Facie. C<\/em>&lsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;ils ne sont pas absolus et qu&rsquo;ils ne sont pas des normes rigides sans compromis possible. Pour les auteurs \u00ab\u00a0une obligation <em>prima facie<\/em> doit \u00eatre remplie, \u00e0 moins que, dans une situation particuli\u00e8re, elle n&rsquo;entre en conflit avec une obligation d&rsquo;\u00e9gale valeur ou plus forte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>Conclusion<\/h3>\n<p>Dans les faits, ces principes sont faciles d&rsquo;utilisation et permettent de partir d&rsquo;une m\u00eame base pour un dialogue. En effet, la force du principisme est de promouvoir une r\u00e9flexion pluri-disciplinaire et une d\u00e9cision partag\u00e9e. Cependant, tout autant que ces principes sont faciles d&rsquo;utilisation, il est difficile de les utiliser correctement. En effet, outre le pi\u00e8ge de l&rsquo;autonomie discut\u00e9 plus haut, il est possible de faire rentrer plus ou moins tout et n&rsquo;importe quoi dans ces principes et de les agencer \u00e0 tel point qu&rsquo;ils soient vid\u00e9s de leur sens. De plus, ces principes ne sont clairement valables que dans une soci\u00e9t\u00e9 occidentale. Il n&rsquo;est pas possible de les utiliser au sein de soci\u00e9t\u00e9s qui n&rsquo;ont pas du tout les m\u00eame conceptions d&rsquo;autonomie, d&rsquo;individualit\u00e9 ou de communaut\u00e9. Ce sont l\u00e0 les deux grands pi\u00e8ge des 4 principes. Il est trop facile de penser que leur aspect permet de traiter toutes les questions de fa\u00e7on syst\u00e9matis\u00e9. Il est possible de rencontrer des \u00e9crits o\u00f9 les quatre principes sont utilis\u00e9s de syst\u00e9matiquement sans qu&rsquo;il ne soit question de leurs limites ou de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en d\u00e9gager de nouveaux. Les 4 principes datent de 1979 et malgr\u00e9 les mises \u00e0 jour r\u00e9guli\u00e8re peut \u00eatre que le mod\u00e8le commence \u00e0 devenir obsol\u00e8te. Avec les nouvelles probl\u00e9matiques d&rsquo;\u00e9thique m\u00e9dicale comme la m\u00e9decine dite personnalis\u00e9e, les entrep\u00f4ts de donn\u00e9es de sant\u00e9, il devient n\u00e9cessaire de changer nos modes de r\u00e9flexion pour les adapter \u00e0 nos nouveaux probl\u00e8mes. De plus, pourquoi se limiter \u00e0 4 principes ? Pourquoi ne pas chercher nos propres principes en fonction de nos valeurs et des valeurs de nos soci\u00e9t\u00e9s ? Pourquoi ne pas d\u00e9fendre un principe de vuln\u00e9rabilit\u00e9, un principe de confiance, un principe de responsabilit\u00e9..? Il me semble primordial de connaitre les 4 principes car le travail de Beauchamp et Childress est proprement formidable avec un livre qui comporte de nombreux exemples et mise en pratique. D&rsquo;autant plus que les mises \u00e0 jour en fonction des critiques et remarques l&rsquo;a rendu encore plus pertinent au fil des ann\u00e9es&#8230; Cependant, il ne faut pas oublier que l&rsquo;\u00e9thique ne na\u00eet pas tant de th\u00e9ories que de la complexit\u00e9 des situations que nous rencontrons en tant que soignants ou patients. Alors pourquoi ne pas r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 nos principes personnels pour les soumettre \u00e0 la r\u00e9flexion des autres ? En \u00e9thique biom\u00e9dicale, tous les citoyens sont l\u00e9gitimes pour apporter leurs r\u00e9flexions et leurs exp\u00e9riences ! Complexe&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Premi\u00e8re publication en 2018 sur Complexesethique.fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>4 principes pour les gouverner tous. 4 principes pour les trouver, 4 principes pour les amener tous et dans les t\u00e9n\u00e8bres les lier&#8230; Voici sans doute la plus mauvaise parodie de Tolkien (toutes mes excuses). 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